A L'assemblée

Audition de Mme Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation

 

M. Alexandre Freschi. Je suis embarrassé à deux titres : j’ai un train à prendre, et vos réponses ont précédé mes questions. (Sourires.) Il m’en reste néanmoins une.

Vous avez souligné que certaines filières étaient très demandées, a contrario, d’autres le sont peu. Quelles solutions comptez-vous apporter à ces filières en déshérence, en particulier les filières scientifiques ? Vous évoquiez le cas d’une personne titulaire d’une licence en mathématiques, il faut la garder, nous en avons besoin ! Nous avons une longue tradition de formation de haut niveau dans les sciences, nous avons des prix Nobel et des médailles Fields, des ingénieurs de qualité et des capitaines d’industrie. Comment rendre les filières scientifiques plus attractives ?

Mme la ministre. J’ai été très surprise de constater que 47 % des premiers vœux sur les licences se portent sur quatre mentions seulement, alors que nous en avons quarante-cinq. Cela démontre qu’il y a un vrai problème avec l’orientation et l’information. Qu’allons-nous faire ?

Un lycéen ne voit pas ce qu’il fera avec une licence ou un master de mathématiques. Soit il adore les mathématiques, et il sera content d’en faire, soit il ne sait pas trop ce qu’il fera après. D’où l’importance de faire savoir à quoi servent les mathématiques, à quels métiers ils permettent d’accéder, au-delà de mathématicien. Bien sûr, mathématicien est un très beau métier, qu’il faut conserver, mais il fait aussi expliquer aux jeunes ce qu’ils vont pouvoir faire concrètement en étudiant les mathématiques à l’université. C’est vrai aussi pour de nombreuses autres disciplines. Les lycéens ne voient pas, par exemple, ce qu’ils vont faire en étudiant l’histoire à l’université.

Les quatre filières choisies sont : le droit, car les lycéens pensent être avocat ; la première année commune aux études de santé – PACES – pour être médecin, dentiste, pharmacien, sage-femme ou kinésithérapeute ; la psychologie, pour être psychologue ; et enfin sciences et techniques des activités physiques et sportives – STAPS –, pour travailler dans les métiers du sport.

Nous devons mieux expliquer à quoi vont conduire les différents diplômes, et nous devons faire bouger nos scientifiques pour qu’ils aillent vanter les mérites de ce qu’ils font. L’université ne doit plus être assimilée à un tas de débris où les gens sont malheureux. Je n’arrête pas de répéter à mes collègues qu’à force de ne mettre en avant que ce qui ne va pas, soi-disant pour faire bouger les choses, ils ont instillé l’image dans la population que l’université ne va pas. Alors que lorsque l’on sait tout ce qui s’y passe, on peut en être fiers.

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