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Discours sur L’Europe

Lors de la première séance du mardi 10 octobre 2017, dans le cadre du débat sur l’avenir de l’Union Européenne, j’interviens sur les enjeux économiques et stratégiques de la révolution numérique, révolution dont, pour la première fois dans l’histoire, l’Europe n’est ni à l’origine ni à la tête.

Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, Eric Hobsbawn écrit dans L’Ère des révolutions : « Les mots sont des témoins qui parlent souvent mieux que les documents. »

Cyberespace, big data, algorithme, intelligence artificielle, hyperlien, nanotechnologie, ces quelques mots ont progressivement envahi notre champ lexical. Signes d’un ancrage dans un monde nouveau, ils témoignent surtout d’une évolution civilisationnelle et culturelle, d’un monde qui change, qui se transforme et dont les paradigmes sont rebattus.

Face à une Europe parfois soumise à des tensions d’euroscepticisme, ils doivent nous permettre de considérer les changements à l’œuvre et de nous réunir autour d’un projet à nouveau commun. C’est dans l’union que l’Europe a construit la paix tout en relevant des défis colossaux et uniques. C’est dans le numérique que notre vieille Europe doit se repenser.

Depuis mai 2015, la mise en opération de la stratégie d’un marché unique pour le numérique est une priorité politique de la commission Juncker. Il s’agit de créer un véritable écosystème numérique à dimension européenne. À cet effet, la Commission européenne a déjà présenté un total de trente-cinq propositions législatives et initiatives politiques.

Le sommet de Tallinn du 29 septembre 2017 rappelle lui aussi ce postulat indispensable à tout développement : une Europe du numérique articulée autour d’un marché intérieur unique capable de contribuer pour plus de 415 milliards d’euros au PIB de l’Union.

Pour ce faire, des préalables demeurent nécessaires.

Dans une logique d’inclusion, l’Europe doit tout d’abord accompagner la construction d’un maillage numérique équilibré sur l’ensemble des territoires européens. Il y a déjà trop de périphéries en Europe et, au sein même des États, la discrimination numérique est un enjeu de poids.

En ce sens, les engagements de la commission Juncker invitent à une méthode de travail collective afin de ne pas réitérer les erreurs du passé, constatées par exemple lors du déploiement de la 3G ou de la 4G.

Nos investissements doivent combler la fracture numérique et garantir une connectivité plus juste, plus efficace, plus équitable afin de permettre à nos entreprises, à nos citoyens, à nos administrations de s’ancrer définitivement dans un cadre numérique cohérent.

En marge du sommet européen de Tallinn, la commissaire européenne chargée du numérique Mariya Gabriel a également rappelé les enjeux économiques et stratégiques de la révolution numérique, révolution dont, pour la première fois dans l’histoire, l’Europe n’est ni à l’origine ni à la tête.

L’Europe doit ainsi dégager des synergies afin de ne pas s’éloigner de la frontière technologique et de procéder continuellement et collectivement à des investissements dans l’innovation. C’est déjà le cas pour le premier supercalculateur européen qui verra le jour en 2022 ou 2023.

N’ayons pas peur non plus de faire naître ces « destructions créatrices » schumpétériennes, au service d’un appariement efficace entre l’offre et la demande sur le marché du travail. Il faut aussi et concomitamment qu’une concurrence juste et loyale se déploie sur l’ensemble de l’espace européen. Il faut que nos start-up et nos entreprises sortent d’une réglementation européenne adamique. Tout reste à définir de manière européenne.

Le numérique permet aux TPE et aux PME de s’adapter aux transformations de l’économie et de s’attaquer aux situations établies en changeant de paradigme d’un point de vue technologique, économique et organisationnel.

Aidons nos entreprises en construisant un droit commun au service des enjeux de notre modernité. Par exemple, il faut permettre à des entrepreneurs de créer – ce qui est possible à Singapour – une start-up en moins de soixante-douze heures.

De même, retrouvons-nous dans la préconisation estonienne d’instaurer une cinquième liberté de circulation en Europe – celle des données – pour améliorer la compétitivité européenne, tout en assurant un cadre normatif garant de la sécurité des données personnelles et protecteur face aux cybermenaces.

Dans nos temps modernes, il devient urgent de développer la culture du numérique auprès des plus jeunes. Afin d’éviter une fracture socionumérique, il faut éduquer à ces nouveaux outils et permettre à chacun de s’adapter et de s’insérer dans la transition digitale.

Il faut aussi agir à l’échelle européenne sur la fiscalité pesant sur le travail et sur le capital. Ayons à cœur d’assigner aux entreprises des obligations de transparence, d’harmoniser une fiscalité qui impose les activités virtuelles des nouvelles industries et qui encourage l’investissement dans la recherche et le développement.

Au regard des changements à l’œuvre et des évolutions numériques qui bousculent chaque once de notre quotidien, seule une démarche collective nous engagera dans une transition numérique.

À chaque époque, les sciences et les technologies ont été les moteurs de la prospérité. Soyons audacieux ! Ayons à nouveau cet esprit de conquête, cette volonté de nous adapter aux défis de notre siècle et bâtissons ensemble l’Europe numérique.